Question écrite no 2037,
Patrice Kamber (PS)
Nouvelles règles
d'attribution de l'allocation d'initiation au travail
: quelle valorisation pour les personnes
confrontées au chômage ?
Au début de ce mois
[mai 2006], le service jurassien de l'emploi,
placé sous la responsabilité du Service
des arts et métiers et du travail,
annonçait discrètement qu'il avait revu
les règles d'attribution des allocations
d'initiation au travail (AIT). Cette mesure, qui vise
à inciter les employeurs à occuper des
travailleurs au chômage, pouvait jusqu'alors
durer de six mois à un an. Dès janvier
2006, elle a été réduite de
moitié, soit à une période de
trois à six mois.
Les AIT peuvent être
allouées aux entreprises en faveur de personnes
au chômage qui ont besoin d'une initiation
spéciale, qui ne sont pas encore aptes à
fournir une pleine prestation de travail ou qui ne
seraient pas engagées sans cet appui. Elles
s'adressent à des assurés qui
éprouvent des difficultés à
obtenir un emploi durable en raison de leur âge
avancé, d'un handicap physique, psychique ou
mental, de mauvais antécédents
professionnels ou encore du fait qu'ils ont
déjà touché 150 indemnités
journalières. C'est dire l'importance de telles
mesures dans notre Canton qui connaît un taux de
chômage élevé (4 % à fin
avril 2006).
Certes, la décision de
diminuer la durée de cette prestation
intervient dans une période conjoncturelle
jugée plus favorable. Toutefois, en regard du
taux de chômage dans notre Canton et du nombre
de personnes touchées par ce fléau
(1356), il est difficilement compréhensible que
de telles restrictions aient été aussi
rapidement promulguées. La nouvelle
règle paraît d'autant plus
inappropriée en regard du nombre important de
chômeurs de plus de 50 ans (304, soit 29 % du
total).
Dès lors, nous demandons
au Gouvernement :
1. Quelles sont les raisons
objectives de cette décision ?
2. En 2005, combien de
chômeurs ont bénéficié de
cette mesure et pour quel montant ?
3. Que représentent les
10 % à 15 % d'économies nettes
escomptées suite aux mesures de restriction aux
AIT (diminués des rentrées
occasionnées par les revenus découlant
d'un emploi) ?
4. A quel taux la
Confédération subventionne-t-elle les
AIT ?
5. Quelle(s) autre(s)
mesure(s) l'Etat envisage-t-il de promouvoir dans le
but de favoriser l'emploi auprès des personnes
au chômage jusqu'alors
bénéficiaires des AIT ?
Réponse du Gouvernement
[septembre 2006] :
Le Gouvernement tient à
préciser d'emblée que la
stratégie déployée depuis
plusieurs années par le service public de
l'emploi, fondée sur le recours actif à
l'ensemble des mesures du marché du travail
(MMT), sera poursuivie dans l'optique d'un
développement continu des compétences
professionnelles des demandeurs d'emploi. Dans cette
perspective, l'allocation d'initiation au travail
(AIT) constituera dans le futur, comme par le
passé, une mesure importante dans le cadre
d'une politique de l'emploi visant un placement rapide
mais aussi durable des demandeurs d'emploi.
Le Gouvernement relève
également que le changement des
modalités d'octroi des AIT a fait l'objet d'une
large information des demandeurs d'emploi et des
entreprises dès décembre 2005. De plus,
certains médias régionaux ont repris ces
informations et la commission tripartite ORP a
été largement
informée.
Dans ce contexte, le Gouvernement
répond comme suit aux questions posées
:
1. Le Département
fédéral de l'Economie a mis en
application au 1er janvier 2006, par le biais du Seco,
une nouvelle ordonnance
sur le financement des mesures du marché du
travail. Cette
ordonnance
fixe un montant maximum pour la prise en charge du
coût des MMT engagées par les cantons
(principe de l'enveloppe financière). Ce
montant, déterminé en fonction du nombre
de demandeurs d'emploi, se situe à 7,8 millions
de francs pour l'année 2006, pour l'ensemble
des MMT. A noter, pour comparaison, que le canton du
Jura a engagé un montant de 8,8 millions de
francs en 2005 pour l'ensemble des MMT dans le cadre
de la loi sur l'assurance chômage (LACI). Dans
ce nouveau contexte, le Service des arts et
métiers et du travail (SAMT), service
compétent en la matière, a
immédiatement engagé un processus
d'optimisation en matière de MMT visant
à respecter l'enveloppe financière
fixée par le Seco tout en assurant la poursuite
de la stratégie en matière
d'amélioration des compétences
professionnelles. Il ne s'agit donc pas de
réduire de manière linéaire des
prestations qui ont démontré leur
efficacité mais bien au contraire de maintenir,
voire d'amplifier, les effets des mesures en termes de
placement par une pratique davantage cohérente
et ciblée, soumise à un controlling
financier rigoureux.
Les nouvelles règles
d'attribution des AIT, en particulier, s'inscrivent
dans ce processus global d'optimisation des MMT. Par
conséquent et dès le 1er janvier 2006,
les AIT sont allouées dans un premier temps
pour une durée d'un à trois mois, en
règle générale pour une
période de trois mois. Elles peuvent toutefois
être prolongées d'un à trois mois,
dans un deuxième temps, si la situation le
justifie dans la perspective du placement du demandeur
d'emploi et sur demande motivée de l'employeur.
Pour rappel, les AIT accordées jusqu'au 31
décembre 2005 portaient également sur
une durée d'un à six mois, en
règle générale elles
étaient allouées pour six
mois.
2. Il convient de relever que
l'AIT n'est pas accordée, selon la loi, pour
soutenir les entreprises d'un point de vue
économique mais bien pour
réinsérer les demandeurs d'emploi qui
présentent des difficultés
particulières à retrouver un emploi
durable. En 2005, 170 personnes ont
bénéficié d'une AIT pour un
coût total d'environ 1,52 millions de francs,
soit environ 8'900 francs en moyenne par
bénéficiaire. Cette mesure a
contribué à environ 10 % du total des
placements des demandeurs d'emploi et environ 5 % des
entreprises jurassiennes y ont recours. Le coût
des AIT a représenté les 17,4 % du
coût total des MMT engagées dans le
Canton. En comparaison, le Jura a accordé cinq
fois plus d'AIT que la moyenne nationale.
3. Les prévisions
effectuées par le SAMT, dans le cadre de la
démarche globale d'optimisation, tablent sur
une réduction des coûts d'environ 1,5
millions de francs à 1,25 millions de francs,
soit une économie prévisionnelle de
l'ordre de 250'000 francs pour 2006.
4. Dans le cadre du nouveau
système de financement, la
Confédération prend en charge les MMT,
en particulier l'AIT, engagées au niveau
cantonal jusqu'à concurrence du montant maximum
de l'enveloppe financière
déterminée par le nombre de demandeurs
d'emploi, à raison de 3'500 francs par
personne. Par conséquent, tout
dépassement du plafond financier est à
charge des cantons.
5. D'un point de vue
général, il faut souligner que la
palette des MMT prévues par la LACI et
susceptibles d'être octroyées dans le
cadre de l'enveloppe financière prescrite par
l'ordonnance du Département
fédéral de l'Economie est actuellement
suffisante pour répondre aux besoins des
demandeurs d'emploi dans le canton du Jura. Il n'est
cependant pas exclu que la prochaine révision
de la LACI, prévue pour 2008, n'entraîne
de nouvelles restrictions financières de la
part de la Confédération en
matière de MMT. S'agissant de l'AIT en
particulier, la procédure d'optimisation
engagée par le SAMT devrait permettre de
répondre aux besoins des demandeurs d'emploi de
manière équivalente, voire même
améliorée, en raison d'une pratique plus
ciblée et encore mieux adaptée en termes
de soutien au placement. De ce point de vue, il faut
souligner qu'une AIT de trois mois offre la même
garantie contractuelle d'engagement pour le demandeur
d'emploi qu'une AIT de six mois et qu'elle permet de
faire bénéficier un plus grand nombre de
demandeurs d'emploi de cette mesure qui a
démontré son
efficacité.