18 février 2004 à Delémont

Rencontre d'information et de débat

«Chômage et santé»

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LE RÔLE DU CONSEILLER SOCIAL

 Ami Gyger, conseiller social, ORP, Bienne Seeland Jura bernois

La fonction de conseiller social

La fonction de conseiller social ORP existe uniquement dans les cantons de Berne, Bâle et, depuis peu, du Jura; c'est un assistant social qui conseille et oriente les personnes inscrites à l'assurance chômage qui rencontrent des problèmes financiers, familiaux, conjugaux, de dépendances ou de santé. Sa fonction est d'essayer d'aplanir ces problèmes sociaux pour que la personne au chômage puisse retrouver au plus vite une activité. Si les problèmes rencontrés sont trop importants, il y a lieu de l'orienter vers une autre institution.

L'objectif est donc de mettre tout en oeuvre pour améliorer l'aptitude au placement, ou, si les critères de l'assurance chômage ne peuvent pas être respectés, de mettre les chômeurs en relation avec les instances qui sont le plus à même de répondre à leurs besoins.

La loi

Art.8 LACI Droit à l'indemnité

1 L'assuré a droit à l'indemnité de chômage:

a. S'il est sans emploi ou partiellement sans emploi (art.10) ;

b. s'il a subi une perte de travail à prendre en considération (art.11) ;

c. s'il est domicilié en Suisse (art.12) ;

d. s'il a achevé sa scolarité obligatoire, qu'il n'a pas encore atteint l'âge donnant droit à une rente AVS et ne touche pas de rente de vieillesse de l'AVS ;

e. s'il remplit les conditions relatives à la période de cotisation ou en est libéré (art.13 et 14)

f. s'il est apte au placement (art.15) et

g. s'il satisfait aux exigences de contrôle (art.17)

Santé et aptitude au placement

Notre préoccupation étant la santé, il convient de retenir essentiellement le critère de l'aptitude au placement. Selon l'article 15 de la LACI, est réputé apte à être placé le chômeur qui est disposé à accepter un travail convenable, à participer à des mesures d'intégration et qui est en mesure et en droit de le faire. Le handicapé physique ou mental est réputé apte au placement lorsque, compte tenu de son infirmité et dans l'hypothèse d'une situation équilibrée sur la marché de l'emploi, un travail convenable pourrait lui être procuré.

Si la loi est claire, son application est plus aléatoire. Il est par exemple difficile de déterminer distinctement ce que signifie une « situation équilibrée sur le marché de l'emploi », ce marché variant en fonction de l'économie. Par ailleurs, une entreprise ne prendra pas le risque d'engager une personne qui a des problèmes de santé alors qu'elle peut disposer actuellement de suffisamment de personnes qualifiées et en bonne santé.

Les situations

Le conseiller social observe dans sa pratique trois groupes distincts de chômeurs atteints dans leur santé:

ceux qui sont licenciées en raison de leur état de santé suite à un accident, à une maladie ou à une dépendance; ceux qui deviennent malades en raison du stress de leur emploi ou suite à un licenciement soudain, qu'elles ne parviennent pas à justifier ou à comprendre;

ceux qui n'acceptent pas de se trouver sans emploi et qui, à chaque refus d'emploi, perdent un peu plus l'espoir d'être engagés; ils ont alors tendance à déprimer ou à somatiser, alors que la fin de leurs indemnités de chômage s'approche à grands pas; plusieurs de ces motifs peuvent se conjuguer chez un même chômeur.

Les solutions

La meilleure solution serait de trouver aux chômeurs atteints dans leur santé un emploi adapté ; toutefois, dans le contexte économique actuel (les entreprises sont condamnées à devenir toujours de plus en plus rentables), cette solution relève du miracle,

Une autre possibilité consiste en une collaboration entre les assurances sociales, telles que l'AI ou encore la SUVA il s'agit de développer des moyens propres à chaque assurance, moyens permettant d'apporter des solutions plus efficaces en vue de retrouver un emploi.

La collaboration avec les médecins, les thérapeutes ou autres agents des assurances sociales permet de mettre en place des objectifs communs, cette collaboration amplifie les chances d'accès au travail, étant donné que toutes les énergies vont dans la même direction.

Une autre solution retenue est l'assurance perte de gain, mais, du fait qu'elle n'est pas obligatoire et que les primes sont très élevées, peu de personnes en bénéficient. Il s'agit par ailleurs d'une solution éphémère, les prestations de cette assurance durant au maximum deux ans.

Le recours à l'aide sociale constitue le dernier filet, et bien des chômeurs doivent se résigner à cette solution, parfois de façon douloureuse, car cela va à l'encontre de leur éthique. Une prise en charge par des programmes d'occupation communaux ou cantonaux permet à ceux qui peuvent y accéder de se sentir encore un peu plus utiles.

Conclusions

De par sa pratique et ses entretiens avec les personnes sans emploi, le conseiller social constate que le travail est et reste une valeur essentielle. C'est par le travail que l'individu acquiert la reconnaissance sociale. La perte d'un emploi déstabilise les personnes: perte de l'estime de soi et de la reconnaissance des autres.

Dans un travail de recherche intitulé : « Que faut il dire aux inemployables? », j'ai essayé de déterminer comment le conseiller social ORP peut et doit réagir face à des personnes qui n'ont plus de chances réelles de retrouver un emploi.

En premier lieu, l'étude a mis en évidence l'importance de déculpabiliser les personnes qui ne trouvent pas d'emploi. Il y a lieu à ce propos d'insister sur le fait que l'économie devient de plus en plus exigeante et précaire et que dès lors il devient toujours plus difficile de trouver un emploi.

En deuxième lieu, l'étude met l'accent sur l'importance de l'écoute active. Il s'agit d'être empathique afin que la personne se sente reconnue dans sa souffrance et cela tout en expliquant clairement la position professionnelle du conseiller social ORP, son rôle et ses limites.

Enfin, toute personne a un potentiel de ressources. Il est donc essentiel de définir et de mobiliser ces ressources, afin que la personne puisse par elle même trouver des réponses adaptées à la réalité.

Ami Gyger termine son exposé sur la réflexion suivante: « Le capitalisme est devenu plus dynamique grâce au laisser faire, mais il est aussi à la racine d'un profond malaise : l'État ne privatise pas seulement ses entreprises, mais aussi et de plus en plus les risques de ses citoyens, tels que le chômage ou la maladie, de sorte que les chômeurs doivent affronter les changements sans protection, La révolution du libéralisme serait elle être trop exigeante à l'égard des citoyens? »

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