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Préambule
La journée
dinformation organisée par lassociation
" Partenairespour lemploi " avait pour
objectif de renseigner les participantssur la nouvelle loi
sur lassurance chômage (LACI), den
étudier tant lespoints forts que les points faibles
et dapporter si possible des réponsesaux
questions suivantes:
Dans le cadre de la
situation actuelle et en tenant compte de la
nouvelleloi:
- Comment donner à
celle-ci une plus grande efficacité
- Comment pallier ses
défauts éventuels
- Que devraient faire
respectivement:
- les pouvoirs
publics
- les
employeurs
- les pouvoirs
financiers
- les
syndicats
- les
chômeurs
- les
citoyens
Il est en effet
(malheureusement) inutile de disserter aujourdhui sur
ceque devrait être une loi idéale sur le
chômage. La nouvelle loi estactuellement en vigueur,
elle le restera tant quelle naura pas
étémodifiée. Et on peut penser
quelle ne le sera en tout cas pas avant
quelquesannées (la précédente loi
datait de 1982). Ses dispositions simposent
doncà tous les partenaires comme un cadre de
référence à lintérieur
duquelil faut découvrir comment répondre au
mieux aux besoins.
Le chômage entre le social et
léconomique
La précédente
loi sur lassurance chômage mettait laccent
surlindemnisation des chômeurs. On partait alors
de lidée que le chômageétait un
phénomène passager (conjoncturel), quil
frappait donctemporairement seulement les personnes
touchées et quil suffisait de donnerà
celles-ci des moyens minimum dexistence, le temps
quelles retrouvent unemploi. On peut donc dire que
cette loi mettait avant tout laccent sur un
traitementsocial du chômage.
Aujourdhui, personne
ne croit plus au caractère
éphémère du chômage.Il est devenu
structurel. Chacun prend conscience de son ampleur et de sa
durée.Tous savent que rien ne sera plus comme avant
et quil convient desattaquer au mal
lui-même. Et plus seulement à ses effets
négatifs sur lespersonnes touchées. Si
laspect social du problème
(lindemnisationnotamment) continue dêtre
pris en compte par la loi, cette dernière
sestenrichie de dispositions qui visent la
réinsertion professionnelle la plusrapide possible
des chômeurs. Laccent a ainsi été
déplacé (et cest trèsimportant)
sur le traitement économique du
phénomène.
La dynamique du marché du
travail
La meilleure loi sur le
chômage que lon pourrait édicter ne
créeraitpas un emploi (en dehors des emplois
nécessaires pour en assurerlapplication). La
résorption du chômage passe par des mesures qui
dépendentessentiellement des pouvoirs
économiques (qui pourraient favoriser la repriseet le
redéploiement économiques), accessoirement des
partenaires sociaux (quipourraient promouvoir une forme
adéquate de partage du travail) etsubsidiairement des
pouvoirs publics (qui doivent se contenter, dans une
économielibérale comme la nôtre,
dinfluencer les conditions-cadres comme lapromotion
économique, le soutien à la recherche et
à la formation ainsi que,dans une faible mesure, les
commandes publiques).
On serait toutefois
incomplet si on ne mentionnait pas
égalementlinfluence de plus en plus
déterminante sur toutes les économies
nationalesde léconomie mondiale, ce
système de production et déchanges sur
lequella Confédération et les cantons
nont quune prise extrêmement
limitéepour ne pas dire nulle.
Lerreur serait
cependant de croire quil ny a dès lors
rien àfaire. Que le monde est ainsi fait et que le
statut de chômeur est devenu unefatalité pour
ceux qui en sont devenus les victimes.
Car il faut bien constater
que le marché du travail nest pas un
ensemblestable. Il ny a pas dun
côté ceux qui ont un emploi et de lautre
ceuxqui nen ont plus. Malheureusement, pour les
premiers, il ne sagit plusdun statut
définitif jusquà la retraite.
Linsécurité menaceaujourdhui
même les bastions que lon croyait les plus
solides: lafonction publique et le tertiaire en
général (la banque, les assurances,etc.).
Personne ou presque nest plus à labri
dune faillite, dunerestructuration, dune
délocalisation ou dun changement de
production.
Heureusement dun autre
côté pour ceux qui ont perdu un emploi, le
marchédu travail reste ouvert. Chaque jour des
emplois se libèrent et se créent.Certes moins
vite et en nombre moins important quon le
souhaiterait. Maisceux qui ont gardé leurs
capacités professionnelles, qui les ont
développéesou qui en ont acquis de nouvelles
gardent des chances non négligeables de
réinsertion.
Tenant compte dun
marché du travail pour linstant fortement
déséquilibré(moins doffres
demploi que de demandes), le moins pire serait donc
que cene seraient pas toujours les mêmes qui
resteraient condamnés à
linactivitéforcée. Et quil y ait
en quelque sorte un " roulement "en attendant une
autre répartition du volume de travail. Il nen
demeure pasmoins que de nombreuses personnes seront
très rapidement exclues de ce
" roulement ".
Les éléments positifs
de la LACI
Nous considérerons
comme éléments positifs, même si cela
resteinsuffisant à certains égards:
- la création des
Offices régionaux de placement qui permettent de
remplacer le contrôle exclusivement bureaucratique
des chômeurs (timbrage) par une aide active
à la réinsertion (entretiens individuels
bimensuels, dynamisation dune " bourse du
travail ", appui psychologique);
- le maintien de
lessentiel des bases dindemnisation, avec
notamment la modulation de la durée de celle-ci
pour les travailleurs âgés;
- la possibilité
doffrir une compensation financière à
ceux qui doivent prendre une retraite
anticipée;
- le financement
dune formation dont ne peuvent toutefois
bénéficier que les personnes de plus de 30
ans, sauf dérogation;
- les mesures
prévues en faveur de la formation
continue;
- les stages et les autres
mesures dinsertion professionnelle;
- les aides à la
création dun travail
indépendant.
Rappelons ici que
laccent est mis, avec la nouvelle LACI, sur toutes
lesmesures qui favorisent la " mise en
activité " despersonnes sans emploi.
Les autres mesures de lutte contre
les effets du chômage
Lassurance
chômage nest heureusement pas le seul moyen
à ladisposition des pouvoirs publics, des
institutions qui soccupent despersonnes sans
emploi.
Citons, entre autres, en
plus des ORP et dun marché du travail qui,
onla dit conserve malgré tout une certaine
perméabilité:
- les services sociaux qui
peuvent être sollicités en particulier pour
des conseils (assurances, logement, impôts) et pour
des aides financières ponctuelles;
- les diverses
institutions (associations, communes) qui offrent soit
des cours, soit des " travaux
dintérêt collectif "
(TIC);
- les réseaux de
solidarité familiaux, syndicaux, confessionnels et
autres;
- les assurances
individuelles contre les maladies, les accidents, les
pertes de gain conclues à temps.
Ce que lon pourrait
souhaiter, cest quune concertation et
unecoordination plus efficace se mettent en place entre ces
divers intervenants.
Aide-toi et le ciel
taidera
Sur le front du
chômage agissent actuellement, avec des engagements
extrêmementvariables, trois types de partenaires: les
pouvoirs publics, les employeurs etles travailleurs (ces
derniers en principe représentés par leurs
syndicats).Les personnes sans emploi, pourtant directement
concernées par le sujet, sontrarement sinon jamais
impliquées dans les procédures de
décision. Lesemployeurs de leur côté ne
sintéressent à elles, au mieux et encore
de façonindividuelle, que lorsquils ont un
emploi à offrir. Les syndicats, qui gèrentbien
sûr des caisses de chômage et qui manifestent
une certaine solidaritécollective à
légard des chômeurs, doivent cependant
consacrerlessentiel de leur énergie et de leurs
moyens à la défense des
intérêtsde leurs membres " actifs ".
La Confédération, les cantonset les communes,
auxquels on demande par ailleurs de résorber les
déficitspublics, doivent avant tout
légiférer et organiser le traitement
administratif(nous ne disons pas bureaucratique) du
problème.
On le voit, les personnes
sans emploi sont peu (ou insuffisamment)
représentées.Elles devraient donc
sorganiser en constituant leur propre réseau
desolidarité. Déjà pour éviter
lisolement . Et ensuite pour faire ce quefont tous les
autres groupes de pression, du lobbying.
Quelques remarques
complémentaires
-
- Dans une journée
consacrée à la LACI, on a pu constater
quil était très difficile
déchapper à une double tentation.
Dune part, en particulier pour les personnes sans
emploi (ce qui est compréhensible), celle
damener le débat sur leurs
difficultés personnelles. Dautre part,
essentiellement chez les représentants des
pouvoirs publics ou dautres institutions qui
soccupent des chômeurs, celle de tenir un
discours fait de généralités et
parfois de " ny quà... "
totalement inefficaces.
Il a donc fallu rappeler
constamment que lefficacité de
léchange dépendait de la
capacité de prendre conscience dune
réalité donnée (la situation
économique, le nombre important de chômeurs,
la faiblesse actuelle de loffre demplois) et
dutiliser les moyens disponibles (en particulier la
LACI qui vient dêtre mise en vigueur) pour
apporter " ici et maintenant " des
réponses concrètes aux problèmes des
chômeurs (et pas seulement des paroles
encourageantes).
- Il faut
toutefois entendre les questions que posent les personnes
sans emploi et leur trouver des réponses claires.
Ces questions portent notamment sur les points
suivants : le délai-cadre, les
indemnités normales et spécifiques, les
démarches dembauche (nombre, genre ?),
la notion de travail convenable, sur les délais de
versement des indemnités de chômage, sur les
mesures actives du marché du travail, sur les
assurances (maladie, accident, perte de gain), sur les
mesures prises à léchéance du
délai-cadre, etc.
- Il convient de bien
distinguer le temps délaboration dune
loi et le temps de son application. Durant la phase
délaboration de la loi, il est possible de
rêver à lidéal, de proposer des
innovations, dargumenter pour convaincre mais aussi
de pratiquer le lobbying pour tenter de faire passer ses
idées. Mais lorsque la loi est entrée en
vigueur, le discours sur la loi idéale quon
espère est vain. Il faut " faire avec ".
Au moins pour un temps (non déterminé
à lavance). Ce qui nexclut pas une
évaluation permanente des effets de la nouvelle
loi, évaluation qui permettra en temps utile
damender la loi, les ordonnances ou les directives
dapplication et peut-être den
accélérer la révision.
- Les difficultés
rencontrées dans laccès au monde du
travail génèrent des incertitudes, des
angoisses et souvent des exclusions. Il faut dès
lors explorer toutes les pistes qui peuvent
déboucher sur une insertion sociale, car le
travail nest plus le seul et incontournable moyen
dy parvenir. La reconnaissance dun statut
professionnel ne doit plus être lunique
façon de participer à un projet de
société, dêtre un citoyen
à part entière. Cela ne concerne
dailleurs pas que les personnes sans emploi. Les
femmes au foyer et les retraités notamment sont
confrontés au même défi. Il
sagit donc dêtre imaginatif et
audacieux, de souvrir à dautres
possibles en matière dinsertion et de
participation.
- Le pire nest pas
certain, mais il serait hasardeux de spéculer sur
une reprise rapide de lactivité
économique et sur un retour prochain du plein
emploi. Nous connaîtrons certainement, de
façon durable, un déséquilibre entre
loffre et la demande demploi. Il est en
conséquence très important que chacun
saisisse toutes les occasions de réinsertion
professionnelle, même temporaires, qui se
présentent. Car, il faut en prendre conscience,
les emplois sont en priorité offerts à ceux
qui restent actifs, qui restent
" branchés ", qui étendent leurs
connaissances et leurs compétences.
- Face à la LACI,
on peut donc comparer la personne sans emploi à un
trapéziste. Celui-ci a besoin dun
trapèze et dun filet. Le trapèze, ce
sont les mesures actives de réinsertion
professionnelle offertes par la LACI. Il permet au
trapéziste de montrer ce quil sait faire. Le
filet, ce sont les mesures de protection que lon
trouve dans la LACI (plus spécialement les
indemnités de chômage). Le filet est
là pour empêcher que la chute, si chute il y
a, ait des conséquences négatives graves
voire définitives. Mais lambition du
trapéziste, cest dêtre plus
souvent sur son trapèze que dans le
filet!
- On regrette la perte en
Suisse de lesprit dentreprise. Cependant cet
état desprit, il nappartient pas
seulement aux entrepreneurs actuels et futurs de le
cultiver. Linvitation est faite à nous tous.
Aux institutions publiques et privées qui
pourraient découvrir notamment les vertus de
lexpérimentation sociale, de la
délégation de compétences, de
procédures qui sinspirent plus des
" produits " que du respect aveugle de
règlements. Mais il appartient aussi aux
travailleurs dêtre entreprenants, de devenir
des citoyens actifs, des acteurs économiques
inventifs, décidés et
solidaires.
Recommandations
Pour les
ORP
-
- Le chômeur peut
être considéré comme un
" polytraumatisé " (à la perte
demploi sajoutent en effet très vite
une crise didentité comme travailleur, une
baisse sensible du revenu, des perturbations
relationnelles, un isolement sinon une exclusion sociale
et parfois des problèmes de santé). Il
nest cependant pas " un cas ". Cest
une personne, digne de respect, qui doit être
abordée dans sa globalité.
- Cette personne doit
être aidée mais pas " prise en
charge ", ni maternée. Elle doit au contraire
être amenée à assumer pleinement ses
responsabilités. Elle doit être
considérée comme un partenaire capable de
proposer, demander, dialoguer,
échanger.
- Linformation
destinée aux chômeurs doit être
accessible de manière permanente. Il sagit
dès lors de mettre à leur disposition un
lieu dinformation et de ressources
documentaires.
- Les personnes sans
emploi devraient pouvoir compter sur les ORP pour remplir
les dossiers exigés en particulier de ceux qui
veulent se mettre à leur propre compte
(outplacement).
- La formation doit
être comprise de façon large. Il serait
improductif de la limiter au professionnel seul, au sens
étroit du terme. Les bilans-formations, la remise
à jour des connaissances de bases sont souvent des
préalables essentiels et incontournables à
une formation plus " pointue ".
- Une procédure
simple mais efficace de reconnaissance des formations et
des compétences acquises par les demandeurs
demploi dans leurs domaines dactvité
doit être organisée rapidement.
- La transparence de la
bourse du travail mise en place par les ORP doit
être effective tant pour les employeurs que pour
les demandeurs demploi.
- Les ORP doivent trouver
le moyen de favoriser et de diffuser les nouvelles
idées, les projets et daider efficacement
à leur concrétisation.
Pour les pouvoirs
publics (canton et communes)
- Dans la mesure où
gouverner, cest prévoir, on demande aux
autorités politiques danticiper et
dagir (et pas seulement de réagir) avant que
les problèmes se posent de façon cruciale
et parfois irréversible.
- La forme actuelle de la
formation professionnelle nest plus du tout
adaptée à la situation que nous
connaissons. Lévolution rapide des
métiers, la disparition de certains dentre
eux, lémergence de nouvelles
activités imposent une autre façon
dacquérir des compétences
professionnelles. La formation de base nest plus
valable pour toute une vie de travail. La formation
continue devient indispensable. Il faut donc travailler
dès maintenant à la réforme de la
formation professionnelle dans une perspective
déducation permanente.
- Laccroissement
récent du chômage ajouté à la
multiplicité et à la complexité des
tâches confiées aux ORP imposent une
dotation en moyens humains et financiers
supplémentaires pour ceux-ci, qui sinon ne
pourront pas assurer correctement leur fonction pourtant
essentielle de conseillers en placement.
- Les restrictions de
revenus imposées aux personnes sans emploi ainsi
que labaissement du niveau de ce qui est
considéré comme un travail convenable ne
doit pas conduire les employeurs à faire pression
sur les salaires des actifs. Les pouvoirs publics ont
dans ce sens la responsabilité de veiller à
éviter le dumping salarial et à
contrôler le respect des conventions collectives de
travail.
- Compte tenu dun
afflux plus important de personnes vers laide
sociale, il convient de repenser fondamentalement les
fonctions des services qui en ont la
responsabilité, en particulier en les chargeant
dune tâche de réinsertion sociale. Les
différents maillons de la sécurité
sociale doivent en conséquence être
articulés entre eux, de façon à
favoriser les synergies nécessaires. Les services
existants doivent au besoin être
étoffés. Laide sociale doit en effet
être fondée sur une conception globale de
politique sociale qui intègre aussi bien
laide personnelle que laide
financière. Enfin les professionnels du social
doivent veiller à co-construire, avec les
personnes concernées, des projets de vie incluant
insertion sociale, économique et si possible
professionnelle.
Pour les
employeurs
- Les employeurs
pourraient utiliser, maintenant déjà, des
moyens simples pour assurer un certain partage du
travail, par exemple: acceptation du travail à
temps partiel, réduction des heures
supplémentaires, annualisation de lhoraire
de travail, introduction de la formation
continue.
- Les employeurs devraient
mieux utiliser les possibilités de formation
offertes par la LACI pour les personnes nouvellement
engagées.
- Les employeurs devraient
engager plus dapprentis.
Pour les
travailleurs
- Il leur est
demandé un effort de souplesse, quant au lieu de
travail, quant à lacquisition de formations
complémentaires, quant aux possibilités
offertes par le temps partiel
- Les travailleurs doivent
apprendre à valoriser et à faire
reconnaître tant leurs acquis que leurs
compétences.
- Ceux qui le peuvent
doivent vaincre la peur dentreprendre et de devenir
indépendants (la crainte de léchec,
toujours possible, ne doit pas empêcher
dessayer).
- Les travailleurs
doivent, tant individuellement que collectivement, faire
preuve de solidarité que ce soit entre ceux qui
ont un emploi et ceux qui nen ont plus ainsi
quentre les demandeurs demploi
eux-mêmes.
Pour les
citoyens
- Tous nous pouvons nous
dire que demain, " ça " pourrait nous
toucher. Quel regard souhaiterions-nous voir porté
sur nous par les " autres "? Poser ainsi la
question, cest inviter chacun à changer sa
vision des personnes sans emploi, à se montrer
plus ouvert, plus compréhensif, plus
généreux.
- La formation continue ne
concerne pas que les demandeurs demploi. Cest
en se persuadant assez tôt de cela que la plupart
pourront peut-être éviter dentrer un
jour dans les statistiques du chômage et de devoir
le cas échéant y rester
longtemps.
Delémont, le 17 mars
1997
Le rapporteur:
J.-C.
Crevoisier
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