18 février 2004 à Delémont

Rencontre d'information et de débat

«Chômage et santé»

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Introduction

Les nouveaux risques liés au travail, Dr Gianfranco DOMENIGHETTI, directeur de la Santé publique du Canton du Tessin, professeur à l'université de Lausanne

Travail et santé, Dr méd. Alain KIENER, chef du Service Travail et santé, SECO, Berne

Chômeurs en fin de droit et santé, Dr Daniel C. AEPPLI, chercheur indépendant en sciences sociales, Bâle

Le rôle du conseiller social, Ami GYGER, conseiller social, ORP, Bienne

AI et plaçabilité, André KUMMER, conseiller en orientation professionnelle, AI, Bienne

Chômage et psychiatrie, Dr méd. Albert ZUBERBÜHLER, médecin-chef du Centre pychiatrique Bienne des SPJBB (Services psychiatriques du Jura bernois - Bienne-Seeland)

Projet du SECO «Chômage et santé», Lydie-Elisa BEURET, coordination des ORP, SECO, Berne

Conclusion

 

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Introduction

Les textes présentés ici sont les reflets fidèles des interventions faites le 18 février 2004 devant plus de deux cents personnes, chômeuses et chômeurs, assistants sociaux, représentants des ORP et fonctionnaires. Les exposés ont été enregistrés, ils ont été retranscrits et soumis à leurs auteurs, qui les ont corrigés et parfois complétés. Nous devons au regard aigu de l'économiste Roger Schindelholz les remarques qui nous ont permis de compléter nos propres réflexions. La conclusion générale de ce dossier représente l'opinion du comité de Partenaires pour l'emploi.

Nos remerciements vont aux intervenants pour leur contribution bénévole, ainsi qu'au Service des Arts et Métiers de la République et Canton du Jura et à son chef Gérald Kaech, pour leur apport financier et pour leur aide pratique à la publication de ce document.


Conclusion 

Si l'association Partenaires pour l'Emploi a décidé d'une réflexion sur la relation entre chômage et santé, c'est que ses membres connaissaient cette relation, qu'elle leur était pour ainsi dire familière du fait de leurs contacts fréquents avec les personnes sans emploi. Nous pensions donc tout naturellement que nous pourrions disposer de nombreuses études à ce sujet. Mais ce ne fut pas le cas, et le responsable du projet, le Dr Emmanuel Martinoli, eut à faire de nombreuses recherches pour trouver des intervenants capables de traiter valablement de cette question.

Ce fut donc pour nous une sorte de soulagement de pouvoir contacter enfin des chercheurs et des praticiens disposés à présenter au public jurassien les résultats de leurs recherches ou de leur pratique, et nous tenons à les en remercier chaleureusement.

Tous les intervenants, à l'exception d'une seule, ont mis en évidence les effets négatifs du chômage sur la santé. Lydie-Elisa Beuret, de la Coordination des ORP au SECO, rendant compte d'un projet-pilote à l'ORP de Morges, épouse sans ambages la conclusion de cette évaluation : « la majorité des chômeurs ont déclaré être déjà malades et stressés avant d'arriver au chômage : c'est parce qu'on est déjà malade et stressé qu'on va être licencié. Le chômage aggrave alors le problème.» Cette double affirmation sous-entend que la relation chômage-santé ne mérite guère qu'on s'y attarde, puisque tout est dit avant l'arrivée au chômage. On peut en outre s'interroger sur l'étude elle-même, puisqu'elle portait non sur la santé des chômeurs, mais sur la perception que les conseillers avaient du problème de la santé des chômeurs. Sans nier l'intérêt d'une telle étude, on doit bien constater qu'elle n'est pas de nature à résoudre les graves problèmes de santé tels qu'ils sont reconnus par les autres intervenants.

Les autres interventions sont convergentes: le chômage lui-même est un facteur important de détérioration de la santé, de même que la perspective ou la crainte du chômage. Pour André Kummer, conseiller en orientation professionnelle de l'Office AI à Bienne, les conditions actuelles de travail minent la santé et causent ainsi une sorte de sélection naturelle des travailleurs: les plus résistants conservent leur poste, les moins résistants courent le risque du chômage et voient leur santé se détériorer encore lorsqu'ils arrivent au chômage.

La recherche de Daniel Aeppli est exemplaire: elle montre que les chômeurs en programme d'occupation sont en meilleure santé que les autres. Comment démontrer mieux que l'absence de travail détériore la santé ?

Conseiller social à l'ORP à Bienne, Ami Gyger produit une très intéressante catégorisation des chômeurs atteints dans leur santé : ceux qui ont perdu leur emploi à cause de leur mauvaise santé, ceux que le licenciement rend malades, et ceux que le fait même d'être au chômage rend malades.

Pour le Dr Zuberbühler, médecin-chef du Centre psychiatrique de Bienne, chômage et pauvreté conjugués multiplient les risques d'atteinte à la santé mentale déjà aggravée par des conditions de travail qui provoquent une tension difficilement supportable.

Le constat du Dr Alain Kiener, chef du Service Travail et Santé au SECO à Berne, présente des chiffres européens qui confirment ceux que les travaux du Professeur Domineghetti enregistrent pour le Tessin. Les symptômes sont les mêmes, et tous en hausse: mal de dos et stress provoqués par les cadences élevées, par la pénibilité psychologique du travail, par le harcèlement psychologique.

C'est l'étude du professeur Gianfranco Domenighetti qui cerne avec le plus de précision la relation chômage-santé. Convaincu que l'optimisme de commande qui règne actuellement ne fait que cacher des dangers, il est convaincu que les réponses ne sont pas dans les anti-dépresseurs, mais dans des changements des modes de production.

Tous ces constats convergents confirment pour Partenaires pour l'Emploi la nécessité de mesures urgentes à prendre au niveau des ORP. Nous savons que la tâche des conseillers est difficile et qu'ils sont généralement conscients que les difficultés des chômeurs ne sont pas seulement liées à leurs compétences professionnelles, mais leur sensibilisation aux problèmes de santé doit être renforcée, faute de quoi toutes les mesures de réinsertion, longues et coûteuses, resteront vaines.

Et comment ne pas s'inquiéter de tous ceux, de plus en plus nombreux, qui sont privés du droit au chômage et qui voient ainsi diminuer encore leurs chances de trouver un emploi : ils augmentent peu à peu une population de citoyennes et de citoyens écartée de la population productive, écartée ainsi de la société civile pour improductivité, condamnée à une dépendance sociale qui affecte de plus en plus leur santé.


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